Nos tâches pour 2017 : prévenir et innover

02/01/2017 12:11 pm ET Updated Feb 02, 2018

L'objectif pour 2017 est clair: faisons de 2017 une année pour la paix. Notre nouveau Secrétaire général, António Guterres, a déclaré cet objectif comme résolution commune du Nouvel An.
C'est aussi le souhait et l'espoir de millions de personnes qui continuent de souffrir des conflits violents, ou de ceux qui craignent que la prochaine attaque terroriste ne frappe leur marché local, leur café favori ou leur trajet matinal. Cependant, la paix n'est pas seulement l'absence de guerre. La paix nous concerne tous, et il est de notre responsabilité de nous assurer que notre résolution du Nouvel An devienne davantage qu'un slogan. Afin de transformer les paroles en actes, une nouvelle approche est nécessaire. Dans un système conçu pour réagir, nous ne parvenons pas à devancer les problèmes. En 2017, nous devons faire de la prévention et de l'innovation nos priorités. Nous avons les outils, et nous devons les utiliser. Nos méthodes actuelles ne parviendront pas à faire de cette année une année de paix, mais nous avons le choix de les faire évoluer, et pour ce faire, voici trois étapes importantes à mettre en vigueur en 2017.

Tout d'abord, nous devons examiner les tâches qui restent sur notre liste de 2016. Le changement climatique, les migrations, les changements démographiques, la raréfaction des ressources naturelles, les besoins humanitaires immenses et bien d'autres défis, continuent de solliciter nos ressources. À la fin de l'année dernière, un peu plus de la moitié de l'appel humanitaire mondial a été financé, et pourtant nous commençons 2017 avec un appel plus important encore (USD 22,2 milliards). Nos agences humanitaires sont extrêmement novatrices dans leur manière d'utiliser les ressources, limitées, le plus efficacement possible. Elles ont mis en place des programmes tels que les transferts monétaires et les bons d'alimentation, ou encore la livraison d'aide humanitaire par des drones, dans les zones difficilement accessibles. Dans le même esprit, nos médiateurs n'ont jamais cessé de chercher de nouvelles façons d'aider les pays touchés par les conflits. L'année dernière, le peuple colombien a mis fin à l'une des plus longues guerres civiles au monde et nous commençons 2017 avec l'espoir que les négociateurs à Genève se mettront d'accord sur un avenir commun et pacifique pour Chypre. Cependant, les exemples de la Colombie et de Chypre démontrent que les processus de paix nécessitent du temps. Avec les conflits en Syrie, au Yémen, en Irak, au Mali et dans bien d'autres pays, il est clair que si nous ne prévenons pas de telles catastrophes, nous ne réduirons jamais l'écart entre les besoins et les ressources dont nous disposons. Sans prévention, l'innovation n'est pas suffisante.

Deuxièmement, nous devons prendre conscience que l'innovation ne peut être efficace seule. Economistes et analystes d'entreprises décrivent, par de nombreux articles, les raisons de l'expansion des nouvelles technologies dans des endroits tels que la Silicon Valley, mais pas ailleurs. La coopération fait toujours partie de ces raisons. J'encourage tous les sceptiques à venir à Genève et à le constater par eux-mêmes: la diversité incomparable des acteurs travaillant ensemble à Genève pour la paix, les droits et le bien-être continue à forger des partenariats et des solutions que l'on ne peut retrouver ailleurs. Au XXIe siècle, il n'existe aucune entreprise, aucune organisation ni aucun pays qui puisse, seul, mener à bien l'innovation. La mondialisation, à travers la coopération et les partenariats multi-parties, a ouvert la voie à des avancées d'une envergure sans précédent. Les Objectifs du Millénaire pour le Développement et bien d'autres initiatives nous ont permis, depuis 1990, de réduire de plus de moitié le nombre de personnes vivant dans la pauvreté extrême. Nous avons atteint un résultat similaire concernant le taux mondial de mortalité des enfants de moins de cinq ans. Ces exemples parmi tant d'autres montrent ce qu'il est possible d'accomplir lorsque tous les acteurs - États, entreprises, universités, ONG et bien d'autres - collaborent. C'est cela que nous risquons de perdre si nous cédons aux tendances isolationnistes, qui se sont multipliées en 2016. En cette nouvelle année, marquée par de nombreuses élections et de nouveaux gouvernements qui prendront leurs fonctions dans plusieurs pays, y inclus plusieurs pays membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU, il est indispensable que nous ravivions la solidarité mondiale en vue de développer l'innovation et la prévention.

Troisièmement, nous devons apprendre à utiliser plus intelligemment les outils dont nous disposons pour permettre de combiner prévention et innovation. Au cours des deux dernières années, les dirigeants mondiaux ont entériné l'Agenda pour le développement durable de 2030, l'Accord de Paris sur le changement climatique, ainsi que d'autres grands cadres politiques. Les 17 objectifs de développement durable permettront à la communauté internationale de cibler les causes fondamentales des conflits et des catastrophes à l'aide d'une approche beaucoup plus stratégique et globale. La prévention des conflits et la création d'une paix durable sont impossibles sans la promotion et la protection des droits de l'homme et du développement. Si nous travaillons à la mise en œuvre de ces cadres de manière plus approfondie en 2017, nous ferons alors de la prévention une réalité, grâce à une approche globale la plus complète, la plus intégrée et la plus novatrice que le monde ait jamais connue.

Qu'est-ce que cela signifie concrètement? D'une part, les Nations Unies ont leur liste de tâches internes à accomplir. Notre nouveau Secrétaire général a d'ores et déjà fait savoir qu'il était disposé à s'attaquer à cette liste dès maintenant, en annonçant de nouvelles structures plus intégrées aux Nations Unies, y inclus dans ses plus hautes sphères. Notre tâche pour 2017 sera d'adopter ces changements rapidement et avec enthousiasme, et de développer une approche matricielle de la gestion dans l'ensemble de l'Organisation. De New York à Genève et ailleurs, les structures bureaucratiques doivent faciliter - et non entraver - l'échange d'idées et d'innovations. Un nouveau «SDG lab» ainsi que d'autres initiatives au sein-même de mon propre bureau contribueront à ce processus, eu égard aux Objectifs de Développement Durable. Dans le même temps, nous devons renforcer notre capacité d'analyse pour nous assurer que les conflits et les catastrophes soient détectés, signalés et gérés de façon préventive.

Il existe par ailleurs une liste de tâches externes à l'ONU. Les partenariats nécessaires pour innover et prévenir s'étendent bien au-delà de l'Organisation. Le leadership, aux niveaux national, local et même individuel, est nécessaire. À l'ère des réseaux sociaux et autres technologies innovantes, les anciennes structures sont mises au défi et voient naître de nouvelles possibilités de collaboration. Nous avons tous un rôle à jouer pour faire de 2017 une année de paix. Pensons de façon préventive, soyons novateurs et travaillons ensemble sur notre liste de tâches collective pour 2017.